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LA VESTALE (1807)

A OBRA (Spontini, 1807)

Tragédie lyrique en trois actes de Gaspare Spontini

Livret de Étienne de Jouy

Créé à Paris, salle Montansier, le 15/12/1807


O ESPETÁCULO (Bastille, 2024)




La Vestale, de Gaspare SPONTINI

Orchestre Opéra national de Paris

Artistes Julien BEHR, Bertrand DE BILLY, Elodie HACHE, Eve-Maud HUBEAUX, Michael SPYRES, Lydia STEIER, Jean TEITGEN

Mise en scène Lydia Steier 

 Julia Élodie Hache La Grande Vestale Ève-Maud Hubeaux Licinius Michael Spyres Cinna Julien Behr Le Souverain Pontife Jean Teitgen Le Chef des Aruspice, un consul Florent Mbia  

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris  

Cheffe des Chœurs Ching-Lien Wu 

Direction musicale Bertrand de Billy  


Crítica de ForumOpera

Satisfaisant musicalement, visuellement inégal

Christian Peter, ForumOpera

Paris, Opéra Bastille, samedi 15 juin 2024, 19h  

Créée en 1807 à l’Académie Impériale de Musique, La Vestale, dédiée à l’Impératrice Joséphine, protectrice du compositeur, aura connu plus de deux cents représentations jusqu’en 1854 avant de disparaître de notre première scène nationale, à l’exception d’une unique représentation en 1909 proposée en langue italienne par les forces de la Scala. Dans la première moitié du vingtième siècle, Rosa Ponselle la donne en italien au Met mais ce sont surtout les représentations scaligères de 1954 avec Maria Callas qui seront à l’origine du retour progressif de l’ouvrage sur les scènes internationales, en italien d’abord, puis progressivement dans la version originale en français. A Paris, La Vestale a été donnée au Théâtre des Champs-Élysées en 2013 en version scénique avec Ermonela Jaho puis en 2022 en version de concert avec Marina Rebeka sous la houlette du Palazetto Bru Zane qui en a publié dans la foulée un enregistrement commercial. Il était temps que l’ouvrage retrouve l’institution qui l’a vu naître ou du moins son avatar actuel. Pour la circonstance, l’OnP a fait appel à Lydia Steier qui a déjà commis en 2022 une production de Salomé pour le moins controversée. Cette fois la metteuse en scène américaine propose un spectacle dramatiquement cohérent qui s’inscrit dans l’air du temps, où l’on retrouve son goût pour les images violentes, comme ce défilé de chars sur lesquels gisent des corps ensanglantés à demi-nus, les scènes de torture, les humiliations infligées aux femmes, comme ces crachats dont les vestales couvrent Julia et le sang, présent dès la première scène lorsque Cinna et Licinius se tranchent la main en échangeant leurs serments d’amitié. C’est pourtant un plaidoyer contre la guerre et le fanatisme religieux que Steier a souhaité proposer en s’inspirant du roman de Margareth Atwood La Servante écarlate dont l’action se déroule dans un univers dystopique qu’elle tente, la plupart du temps avec bonheur, de faire coïncider avec celle de La Vestale dont les personnages sont victimes d’un totalitarisme religieux qui conditionne leurs existences. C’est pourquoi dès la première scène où l’on pend par les pieds des condamnés à mort, l’on voit Licinius, dévasté par la guerre, vider une bouteille d’alcool, assis par terre. Le décor principal est une réplique remarquablement réalisée par Étienne Pluss du Grand amphithéâtre de le Sorbonne, symbole de culture et d’érudition, en état de décrépitude, au centre duquel brûle un autodafé alimenté par des livres que l’on jette à intervalles réguliers.  Des images fortes qui impressionnent durablement le spectateur. Dommage que l’apparition de Vesta au dernier acte, telle une statue dorée et kitch de la vierge, posée sur un brancard que l’on promène sur la scène, frise le ridicule. Dommage également que Steier ait cru bon de faire de Cinna l’ami fidèle de Licinius, un traitre qui retourne sa veste pour se faire couronner empereur après la fuite du Grand Pontife ce qui n’ajoute rien à l‘intrigue. Enfin l’on se demande à qui sont destinées ces rafales de mitraillette que l’on entend en coulisses pendant la musique de ballet qui conclut l’ouvrage. Est-ce la Grande Vestale ou le Pontife qui se font descendre ou bien le couple d’amoureux à qui finalement le lieto fine serait refusé? Bizarre. Mentionnons encore les éclairages judicieux de Valerio Tiberi et les vidéos discrètes mais pertinentes d’Étienne Guiol, comme celle qui montre des parades militaires telles qu’on en voit dans les dictatures contemporaines.

La distribution, homogène, ne souffre d’aucun point faible. Tous les protagonistes se révèlent excellents comédiens et possèdent une diction française qui va du correct au très bon. Membre de la troupe lyrique de l’OnP, Florent Mbia est un chef des Aruspices sobre et efficace doté d’un timbre cuivré sonore et homogène. Jean TEIGEN possède une voix sombre et un registre grave profond qui lui permettent d’interpréter avec toute l’autorité requise le Souverain Pontife dont il excelle à souligner le caractère cruel et obtus. La Grande Vestale est une sorte de pendant féminin du Souverain Pontife avec qui elle semble entretenir des rapports teintés de sado-masochisme. Ève-Maud HUBEAUX campe ce personnage avec une sorte de présence maléfique sur le plateau et une grande sévérité dans les intonations de la voix notamment dans l’air «L’amour est un monstre barbare». Dommage que le timbre n’ait pas la noirceur suffisante, notamment dans le grave, pour être pleinement convaincant. Julien BEHR incarne avec conviction le compagnon fidèle et dévoué de Licinius du moins jusqu’à son revirement final. Contrairement aux souhaits de Spontini, ce personnage dont la tessiture est plutôt centrale est parfois confié à un baryton. Ici, la voix claire du ténor français se marie idéalement avec celle, plus sombre, du ténor américain et leur tessiture commune exalte le lien fraternel qui les unit. De plus Julien Behr a fière allure sur scène en jeune officier peroxydé. Ses deux airs sont exécutés avec goût. En Licinius, Michael SPYRES fait une composition étonnante, Militaire traumatisé par la guerre, éperdument épris de Julia au point de sacrifier sa vie pour elle, tous les affects du personnage imaginés par Étienne de Jouy et revus par Lydia Staier sont assumés avec conviction et une voix saine et solide qui répond aux intentions de l’interprète. La diction est superlative, le style impeccable. Au troisième acte, son air «Julia va mourir» est particulièrement poignant. Remplaçant au pied levé Elza van den Heever souffrante, Élodie Hache, qui a récemment triomphé à Saint-Étienne dans Le Tribut de Zamora, parvient à tirer son épingle du jeu dans le rôle écrasant de Julia. Dotée d’un timbre clair et juvénile, couronné par un aigu lumineux, la soprano chante son air « Licinius, je vais donc te revoir » avec ferveur et parvient à bouleverser le public au troisième acte avec son interprétation de « Toi que je laisse sur la terre ». En revanche sa grande scène du deux «Toi que j’implore avec effroi» qu’elle aborde crânement, la pousse aux limites de sa tessiture et, si elle s’en sort avec brio, reconnaissons que l’on attend dans ce morceau crucifiant, davantage de vaillance et de largeur vocale. Au salut final elle obtient un succès bien mérité. 

Il convient également de souligner les remarquables interventions des Chœurs, si importantes dans cette œuvre, admirablement préparés par Ching-Lien Wu.  

Au pupitre, Bertrand de Billy propose une direction nuancée et théâtrale avec des tempos alertes qui tire l’œuvre vers l’opéra romantique, parti pris judicieux si l’on considère que cette partition dont le librettiste signera une vingtaine d’années plus tard le livret de Guillaume Tell,  préfigure le grand opéra à la française.


La Vestale (Bastille, 2024)Accueil France Info culture Rechercher une actualité "La Vestale" à l’Opéra Bastille : Lydia Steier signe une dystopie sombre et puissante Pour son retour à Paris après plus d’un siècle et demi d’absence, l’œuvre de Gaspare Spontini est transposée dans une théocratie sanguinaire. Lydia Steier offre une mise en scène plus que convaincante. Article rédigé parMohamed Berkani France Télévisions - Rédaction Culture Publié le 24/06/2024 11:03 Temps de lecture : 2 min Scène de "La Vestale" à l'Opéra Bastille. (Guergana Damianova / OnP) Adossé à un mur en béton sur lequel pendent par les pieds trois cadavres d’opposants, le général romain Licinius, de retour d’une guerre victorieuse contre la Gaule, se languit de son amour perdu, Julia, forcée par son père à rejoindre les ordres religieux. Le mur, sur lequel est tagué "Talis est ordo deorum" (Tel est l'ordre des dieux), coulisse vers la gauche laissant apparaître comme décor une réplique délabrée de l’amphithéâtre de la Sorbonne. Pour le retour du grand opéra La Vestale de Gaspare Spontini à Paris, après plus de 150 ans d’absence, la metteuse en scène Lydia Steier, qui s’est distinguée avec sa reprise de Salomé de Richard Strauss, signe une dystopie qui s’inspire fortement de La Servante écarlate de Margaret Atwood. À l'Opéra Bastille, jusqu’au 11 juillet 2024. "Tel est l’ordre des dieux" La flamme est alimentée par les autodafés. Le rituel de l’entretien du feu sacré est nourri par la destruction méthodique des livres. Julia est ordonnée prêtresse du temple de Vesta. Elle est interdite de plaisir charnel, elle se doit de conserver sa virginité. Et surtout éviter l’amour. C’est dans cet univers oppressant que pouvoir militaire et pouvoir religieux se côtoient, se soutiennent et maintiennent un système répressif. La metteuse en scène américaine transpose l’œuvre de Gaspare Spontini dans une théocratie. Les clins d’œil au livre-phénomène de Margaret Atwood sont nombreux. L’amphithéâtre de la Sorbonne pour décor n’est pas un hasard. "Le gouvernement théocratique dans La Servante écarlate s’appelle la République de Gilead et son centre se trouve à l’Université de Harvard, à Boston. (…) Alors que Harvard a une certaine résonance pour le public américain, nous avons cherché un lieu qui aurait une résonance similaire pour le public français. Il s’agit évidemment de la Sorbonne, une analogie parfaite", explique-t-elle. Des dieux et des hommes Ce mercredi 19 juin, la soprano franco-sud-africaine Elza van den Heever, souffrante, est remplacée par Élodie Hache dans le rôle de Julia. Elle incarne cette femme partagée entre le devoir et l’amour, et qui, face à une justice qui exige une victime expiatoire, affronte avec bravoure ses accusateurs. Élodie Hache brille par sa présence scénique et vocale. Elle est Julia. Son amour, Licinius, interprété magistralement par le ténor américain Michael Spyres, trahi par son ami Cinna (Julien Behr), fait vaciller l’empire. Le duo est en osmose, donnant profondeur et épaisseur à leurs personnages. Les chœurs impressionnent en habitant l’espace par leur force. Scène de "La Vestale" à l'Opéra Bastille. (Guergana Damianova / OnP) Le duo est en osmose, donnant profondeur et épaisseur à leurs personnages. Les chœurs impressionnent en habitant l’espace par leur force. De la fosse jaillit une musique puissante, volumineuse. La direction de Bertrand de Billy est tout en subtilité. Des vagues affluent et se retirent avec finesse et générosité. La Vestale version Lydia Steier est convaincante et originale. Elle est férocement contemporaine et dit les angoisses et les dangers du monde d’aujourd’hui. Un chef-d’œuvre. Titre : La Vestale de Gaspare Spontini Livret : Étienne de Jouy Direction musicale : Bertrand de Billy Mise en scène : Lydia Steier Cheffe des chœurs : Ching-Lien Wu Distribution : lza van den Heever, Elodie Hache, Michael Spyres, Eve-Maud Hubeaux, Julien Behr, Jean Teitgen, Nicolas Courjal, Florent Mbia Durée : 3h20 avec deux entractes Langue : Français Surtitrage : Français/anglais Lieu : Opéra Bastille, Place de la Bastille, 75012, Paris Dates : Jusqu’au 11 juillet 2024 voir les commentaires P


BIBLIOTECA:

LA VESTALE
Programa da Opéra National de Paris,
juin 2024 
BIBLIOTECA F


Programme de spectacle 

SOMMAIRE:

Repères 

Le chaînon manquant entre Gluck et Berlioz, par Bernd Feuchtner

Une œuvre pour l'Empire, par Jacques-Olivier Boudon

Un bond vers le nouveau monde. Entretien avec Bertrand de Billy

Une musique jamais ouïe pour un sentiment inouï, par Olaf A. Schmitt

Ove Romae - À qui ou à quoi servaient les vestales?, par Tina Hartmann

L'Opéra doit nous faire réfléchir sur nous-mêmes. Entretien avec Lydia Steier