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COSÌ FAN TUTTE (1790)

O ESPETÁCULO (Palais Garnier, 2024)

Artigo sobre Così fan Tutte

Così fan tutte à l’Opéra Garnier : Anne Teresa De Keersmaeker revisite Mozart 

La chorégraphe belge mêle danse et chant dans une œuvre à la fois légère et profonde. "Così fan tutte", l'ultime oeuvre de Wolfgang Amadeus Mozart, enthousiasme le public.  Article de Mohamed Berkani 06.2024

A l’heure de MeToo et des luttes féministes, le dernier opéra de Mozart peut sembler pour le moins anachronique. Hors contexte historique, Così fan tutte (Ainsi font-elles toutes) a des difficultés à habiter le présent. Les normes sociales ont évolué, le statut des femmes aussi. Le livret de Lorenzo da Ponte, écrit en 1789, peut paraître un peu poussiéreux.  Mais, pour reprendre le titre, que font donc toutes les femmes ? Trahir, être infidèles. Ces mêmes femmes sont comparées, lors de la seizième scène, à des gallinacés. "Et (les aimables épousées) qu’à la manière des poules, elles soient prolifiques d’enfants, qui les égalent en beauté", entonne joyeusement le chœur.  

Pour Anne Teresa De Keersmaeker, l'oeuvre est loin d'être sexiste. "Certaines féministes vilipendent cet opéra pour son supposé sexisme avec la même hargne que les moralisateurs du XIXe siècle. (...) Les deux interprétations -misogynie et excès de frivolité- témoignent à mon sens d'une lecture supercielle. Surtout d'une écoute superficielle. Prima la musica, dopo le parole. La musique d'abord, les paroles ensuite", écrit, dans le livret, la metteuse en scène et chorégraphe.   Comment adapter cet opéra, donné pour la première fois à Vienne en 1790 ? C’est sur un plateau vide, un décor nu peint en blanc, qui évoque la froideur d’une clinique qu’Anne Teresa De Keersmaeker installe la trame. Les artistes évoluent dans cet espace intemporel. Dans la mise en scène de la chorégraphe belge, chaque personnage est doublé d’un danseur. Ainsi la danse prolonge le chant, l’espace vide est habité par la voix et le mouvement. Le corps devient langage. L’ultime opéra de Mozart, un marivaudage léger, prend une autre dimension.   Que raconte Così fan tutte ? Pour leur troisième collaboration après Les Noces de Figaro et Don Giovanni, le librettiste Lorenzo Da Ponte et Wolfgang Amadeus Mozart se sont attelés à une œuvre plus légère qui questionne le désir et la trahison. La trahison côté féminin, car l’infidélité masculine n’est perçue que comme séduction.  Ainsi, Don Alfonso, personnage cynique et blasé, veut convaincre deux jeunes officiers très amoureux que leurs fiancées sont, selon lui, comme toutes les autres femmes, soit infidèles. Pour les convaincre, il leur demande de se déguiser en riches Albanais pour séduire les deux sœurs. Le temps de changer de chemise, les voilà méconnaissables. Et, plus tard, ils redeviennent eux-mêmes en changeant, cette fois, de veste.   Enthousiasme Ce mardi 18 juin, le public de l’Opéra Garnier tombe sous le charme de la performance des artistes. Les applaudissements sont francs et nourris tout au long du spectacle. Point d’orgue : le final du premier acte qui soulève littéralement un grand enthousiasme.  L’orchestre enfiévré dirigé par Pablo Heras-Casado et la prestation de tous les chanteurs reçoivent une longue ovation. La soprano sud-coréenne Hera Hyesang Park, formidable en Despina espiègle et profonde, réussit à mettre le public de son côté à chaque apparition.   Scène de "Così fan tutte" à l'Opéra Garnier avec les six interprètes lyriques et leurs doubles danseurs. 

Sur scène, six interprètes, et donc douze avec leurs doubles en danseurs, mais aussi la musique qui a quitté la fosse pour occuper tout l’espace. Sa présence est palpable à chaque instant. 

Direction musicale : Pablo Heras-Casado  Mise en scène et chorégraphie : Anne Teresa De Keersmaeker  Distribution : Vannina Santoni, Angela Brower, Hera Hyesang Park, Josh Lovell, Gordon Bintner, Paulo Szot, et les danseurs de la compagnie Rosas : Cynthia Loemij, Samantha van Wissen, Marie Goudot, Julien Monty, Michaël Pomero, Boštjan Antončič et Carlos Garbin.


O ESPETÁCULO (Palais Garnier, 2017)

Gostei sem dúvida mais da Clemenza de Tito, do mesmo Mozart, que tinha visto na noite anterior, apesar de ser em versão de concerto, e deste Cosi fan tutte ser encenada (e coreografada por Anne Teresa De Keersmaeker). Talvez porque os cantores de Clemenza eram melhores e essa ópera se assemelhasse por vezes a um oratório e incluísse páginas escrita paras coro particularmente sublimes. Aliás, no Palais Garnier, Cosi não teve direito a bravos, que todavia choveram sobre a equipa de La Clemenza, no final, e sobre cada uma das intérpretes femininas na atuação individual. Anne Teresa De Keersmaeker propõe um duplo para cada um dos cantores de Cosi, duplo que é um dançarino da sua companhia Rosas. E um cenário despido, branco clínico, por onde cantores e bailarinos evoluem: é original mas cerebral, talvez demasiado para esta opera buffa de Mozart. Philippe Jordan dirigiu a Orchestre de l’Opéra national de Paris. Paris 09.2017 Palais Garnier 3/5


DIALOGUES DES CARMÉLITES (1951)

A OBRA (Poulenc, 1951)

O ESPETÁCULO (ROH, 2014)
Desta curta estadia em Londres o melhor momento cultural foi ter assistido à ópera de Poulenc, Dialogues des Carmélites, vista na Royal Opera House. Sempre quis ver esta ópera, da qual conhecia através do disco apenas o momento final, o mais famoso da obra. É um dos grandes momentos operáticos do século XX, adaptando um texto de Bernanos. Foi criada em 1957 no Teatro Alla Scala, em italiano, e ganhou a sua referência discográfica no ano seguinte com Pierre Dervaux à frente da Opéra de Paris com Denise Duval, Régine Crespin e Rita Gorr.
Tive a sorte de assistir a uma encenação consagrada desta obra, assinada por Robert Carsen, e que circula pelo mundo desde 1997 para prazer dos melómanos. É uma encenação ideal, despojada e muito bela. A direção musical coube a Simon Rattle e o elenco contou com Deborah Polaski, Sally Matthews, Sophie Koch, Thomas Allen, entre outros. Londres 2014 Covent Garden 5/5

BIBLIOTECA (1)

Opéra National de Paris, novembre 2024

Francesca Zambello: Le Triomphe de l'esprit humain

Henri Hell: La rencontre d'un texte et de son musicien

Pierre Bernac: Un art de suggestion

Correspondance

Philippe Fénelon: Chemin de perfection

Michel Schneider: La terreur des raisons

Monseigneur Patrick Chauvet: Bernanos, un prophète pour notre temps

Alain Patrick Olivier: Figures de la Peur et figures de la Grâce

Vincent Vives: Le transfert de la grâce et la transgression nécessaire

Michel Onfray: Entre désir de force et palisir de la défaillance

A OBRA

COMPOSITOR: Francis Poulenc CRIAÇÃO: Milão 26.01.1957 Scala, direção musical de Nino Sanzogno (versão em italiano) Paris 26.06.1957 Opéra Garnier, direção musical de Pierre Dervaux (versão em francês)

O ESPETÁCULO (Paris, 2024)

O ESPETÁCULO (Londres, 2014)

Londres, ROH 2014, dir. Simon Rattle enc. Robert Carsen


A OBRA

COMPOSITOR: Francis Poulenc CRIAÇÃO: Milão 26.01.1957 Scala, direção musical de Nino Sanzogno (versão em italiano) Paris 26.06.1957 Opéra Garnier, direção musical de Pierre Dervaux (versão em francês)

O ESPETÁCULO (Paris, 2024)

O ESPETÁCULO (Londres, 2014)

Londres, ROH 2014, dir. Simon Rattle enc. Robert Carsen

LA FILLE DU RÉGIMENT


O ESPETÁCULO (Paris, 2024)
Mise en scène et costumes: Laurent Pelly, Décors: Chantal Thomas, Dialogues: Agathe Mélinand, Chorégraphie: Laura Scozzi
INTÉRPRETES:  Marie/Julie Fuchs, Tonio/Lawrence Brownlee, Sulpice/Lionel Lhote, La Marquise de Berkenfield/Susan Graham, La Duchesse de Crakentorp/Felicity Lott, Hortensius/Florent Mbia, Un paysan/Cyrille Lovighi, Le caporal/Mikhail Silantev
Chœur et Orchestre de l’Opéra National de Paris
Cheffe des chœurs: Ching-Lien Wu
Direction musicale: Evelino Pido

Um espetáculo divertido, cheio de charme, e com protagonistas de alto nível: Julie Fuchs e Lawrence Brownlee. Os números de grupo são excelentes. Donizetti compôs uma opéra comique que se impôs entre as melhores do género especificamente francês. Paris 16.11.2024 Bastille
O ESPETÁCULO (Paris, 2023)
Paris: Théâtre des Champs Elysées, 3.04.2023


BIBLIOTECA:

Opéra National de Paris, novembre 2024
Leituras 2024

Synopsis & personnages
Repères
À propos de la réecriture des dialogues, por Agathe Mélinand
Paroles de Verdun, por Édouard Coeurdevey
Donizetti et la France, por Damien Colas Gallet
Voyage au bout de la nuit, por Louis-Ferdinand Céline
La Fille en proie au chauvinisme, por Stella Rollet
Ubu Roi, por Alfred Jarry
La condition des femmes dnas l'armée napoléonienne,
por Alain Pigeard
Livret

Donizetti, 1840
L'Avant-scène nº 179, sept-oct 1997
BIBLIOTECA
Leitura, abril de 2023

MADAME BUTTERFLY (1904)

A OBRA (Puccini, 1904)     

ÍTULO: Madame Butterfly COMPOSITOR: Giacomo PUCCINI ANO: 1904 LIBRETO: Giuseppe Giacosa e Luigi Illica, baseado na peça de David Belasco (1900), adaptada do conto de John Luther Long (1898, cujas fontes inclui o romance de Pierre Loti, Madame Chrysanthème, 1888) OBRA: Ópera em três actos. CRIAÇÃO: La Scala de Milan, 1904

O ESPETÁCULO (Bastille, 2024)

Bastille, 25.09.2024 & 6.10.2024

LOCAL: Opéra Bastille COMPANHIA: Opéra national de Paris, setembro de 2024 ENCENAÇÃO: Robert Wilson (1993) CENÁRIO: Robert Wilson FIGURINOS: Frida Parmeggiani LUZES: Heinrich Brunke, Robert Wilson COROGRAFIA: Suzushi Hanayagi DRAMATURGIA: Holm Keller

INTÉRPRETES: Eleonora Buratto & Elena Stikhina/Cio-Cio-San, Aude Extrémo/Suzuki, Stefan Pop/F.B. Pinkerton, Christopher Maltman/Sharpless, Carlo Bosi/Goro, Sofia Anisimova/Kate Pinkerton, Kim Young-Woo/Yakusidè

CORO: Chœurs de l’Opéra national de Paris (Chef des Chœurs : Alessandro Di Stefano) ORQUESTRA: Orchestre de l’Opéra National de Paris DIREÇÃO: Speranza Scappucci

O ESPETÁCULO (Bastille, 2019)

Madame Butterfly por Robert Wilson, um clássico da Opéra de Paris (assisti à 96° representação da produção nesta casa!). Delicadeza japonesa no cenário e no movimento dos cantores, delicadeza da alma de Madame Butterfly. Direção musical de Giacomo Sagripanti, Orquestra e Coros da Opéra national de Paris, mise en scène de Robert Wilson, com Ana María Martinez (Cio-Cio-San) e Marie-Nicole Lemieux (Suzuki). Paris 09.2019 Opéra Bastille 4/5 

Depuis beaucoup d'années Madame Butterfly est mon opéra préféré. C'est le plus émouvant, le seule qui me fait pleurer. 





FAUST (1859)

A OBRA 

GÉNERO Ópera com um prólogo e quatro actos TÍTULO: Faust COMPOSITOR: Charles Gounod ANO: 1859 LIBRETO: Jules Barbier et Michel Carré, baseado no drama homónimo de Goethe OBRA: Ópera em cinco actos CRIAÇÃO Paris: Opé

ESPETÁCULO (Opéra-Comique, 2025)

ESPETÁCULO (Bastille, 2024)

BASTILLE, setembro de 2024

LOCAL: Opéra Bastille COMPANHIA: Opéra national de Paris, setembro de 2024 ENCENAÇÃO: Tobias Kratzer CENÁRIO & FIGURINOS: Rainer Sellmaier LUZES: Michael Bauer VÍDEOS: Manuel Braun

INTÉRPRETES: Pene Pati, Faust / Alex Esposito, Méphistophélès / Florian Sempey, Valentin / Amin Ahangaran, Wagner / Amina Edris, Marguerite / Marina Viotti, Siebel / Sylvie Brunet-Grupposo, Dame Marthe / Marc Diabira, Faust âgé

CORO: Chœurs de l’Opéra national de Paris (Chef des Chœurs : Alessandro Di Stefano) ORQUESTRA: Orchestre de l’Opéra National de Paris DIREÇÃO: Emmanuel Villaume


ESPETÁCULO (Bastille, 2022)

BASTILLE, junho de 2022

LOCAL: Opéra Bastille COMPANHIA: Opéra national de Paris, junho de 2022 ENCENAÇÃO: Tobias Kratzer CENÁRIO & FIGURINOS: Rainer Sellmaier LUZES: Michael Bauer VÍDEOS: Manuel Braun

INTÉRPRETES: Benjamin Bernheim, Faust / Christian Van Horn, Méphistophélès / Florian Sempey, Valentin / Guilhem Worms, Wagner / Angel Blue, Marguerite / Emily D’Angelo, Siebel / Sylvie Brunet-Grupposo, Dame Marthe

CORO: Chœurs de l’Opéra national de Paris (Chef des Chœurs : Ching-Lien Wu). ORQUESTRA: Orchestre de l’Opéra national de Paris DIREÇÃO: Thomas Hengelbrock

4/5

Faust c'est un opéra magnifique que je ne connaissais pas avant de voir cette production signé par Tobias Kratzer, en 2022 et deux ans après, en deux soirées, en septembre 2024. La musique de Gounod est époustouflante, les moments orchestraux, les Chœurs, les mélodies qui naissent naturellement de la langue française. C'est un opéra bien de son siècle, où on trouvent le fantastique cher aux romantiques, le côté spectaculaire des grands ensembles e des décors du grand opéra à la française. 

DISCOTECA (2)

Faust (Gounod, 1977)
Alain Lombard, OF de Strasbourg 
DISCOTECA

Gounod Fausto (1958)
André Cluytens, 1958
LP vinil Angel 1962 (stereo)
DISCOTECA

Faust [4] Cluytens/1958 Bonynge/1966* Ethuin/1973 Plasson/1991ext    

BIBLIOTECA (2)

FAUST (2024)
Opéra national de Paris
septembre 2024
BIBLIOTECA

En quelques mots
Synopsis & personnages
Repères Timeline
"Un moment de la sensibilité française" (Jean-Christophe Branger, 28)
Faust, éniène (Julia Pesilier, 36)
Rien!La quête de l'absolut... (Gilles Darras, 43)
"Dilapider les étoiles..." Faust, un opéra spectaculaire
(Stéphane Lelièvre, 48)
Les promesses de la jeunesse (Tobias Kratzer, 62)
Livret (69-87)
Portfolio

Leituras 2024

FAUST (1992)
Opéra national de Paris
novembre 1992
BIBLIOTECA

Argument
La Légende de Faust (Vidmann)
Le Miroir de Madame Caevalho (Michel Beretti)
Une Allégorie (Émile Zola)
La Genèse de Faust (Charles Gounod)
Mon Ami Gounod (Léon Carvalho)
Faust et la critique (Charles Gounod)
La "Première" de Faust (Paul Landirmy)
La 500e de Faust à l'Opéra
etc

LA VESTALE (1807)

A OBRA (Spontini, 1807)

Tragédie lyrique en trois actes de Gaspare Spontini

Livret de Étienne de Jouy

Créé à Paris, salle Montansier, le 15/12/1807


O ESPETÁCULO (Bastille, 2024)




La Vestale, de Gaspare SPONTINI

Orchestre Opéra national de Paris

Artistes Julien BEHR, Bertrand DE BILLY, Elodie HACHE, Eve-Maud HUBEAUX, Michael SPYRES, Lydia STEIER, Jean TEITGEN

Mise en scène Lydia Steier 

 Julia Élodie Hache La Grande Vestale Ève-Maud Hubeaux Licinius Michael Spyres Cinna Julien Behr Le Souverain Pontife Jean Teitgen Le Chef des Aruspice, un consul Florent Mbia  

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris  

Cheffe des Chœurs Ching-Lien Wu 

Direction musicale Bertrand de Billy  


Crítica de ForumOpera

Satisfaisant musicalement, visuellement inégal

Christian Peter, ForumOpera

Paris, Opéra Bastille, samedi 15 juin 2024, 19h  

Créée en 1807 à l’Académie Impériale de Musique, La Vestale, dédiée à l’Impératrice Joséphine, protectrice du compositeur, aura connu plus de deux cents représentations jusqu’en 1854 avant de disparaître de notre première scène nationale, à l’exception d’une unique représentation en 1909 proposée en langue italienne par les forces de la Scala. Dans la première moitié du vingtième siècle, Rosa Ponselle la donne en italien au Met mais ce sont surtout les représentations scaligères de 1954 avec Maria Callas qui seront à l’origine du retour progressif de l’ouvrage sur les scènes internationales, en italien d’abord, puis progressivement dans la version originale en français. A Paris, La Vestale a été donnée au Théâtre des Champs-Élysées en 2013 en version scénique avec Ermonela Jaho puis en 2022 en version de concert avec Marina Rebeka sous la houlette du Palazetto Bru Zane qui en a publié dans la foulée un enregistrement commercial. Il était temps que l’ouvrage retrouve l’institution qui l’a vu naître ou du moins son avatar actuel. Pour la circonstance, l’OnP a fait appel à Lydia Steier qui a déjà commis en 2022 une production de Salomé pour le moins controversée. Cette fois la metteuse en scène américaine propose un spectacle dramatiquement cohérent qui s’inscrit dans l’air du temps, où l’on retrouve son goût pour les images violentes, comme ce défilé de chars sur lesquels gisent des corps ensanglantés à demi-nus, les scènes de torture, les humiliations infligées aux femmes, comme ces crachats dont les vestales couvrent Julia et le sang, présent dès la première scène lorsque Cinna et Licinius se tranchent la main en échangeant leurs serments d’amitié. C’est pourtant un plaidoyer contre la guerre et le fanatisme religieux que Steier a souhaité proposer en s’inspirant du roman de Margareth Atwood La Servante écarlate dont l’action se déroule dans un univers dystopique qu’elle tente, la plupart du temps avec bonheur, de faire coïncider avec celle de La Vestale dont les personnages sont victimes d’un totalitarisme religieux qui conditionne leurs existences. C’est pourquoi dès la première scène où l’on pend par les pieds des condamnés à mort, l’on voit Licinius, dévasté par la guerre, vider une bouteille d’alcool, assis par terre. Le décor principal est une réplique remarquablement réalisée par Étienne Pluss du Grand amphithéâtre de le Sorbonne, symbole de culture et d’érudition, en état de décrépitude, au centre duquel brûle un autodafé alimenté par des livres que l’on jette à intervalles réguliers.  Des images fortes qui impressionnent durablement le spectateur. Dommage que l’apparition de Vesta au dernier acte, telle une statue dorée et kitch de la vierge, posée sur un brancard que l’on promène sur la scène, frise le ridicule. Dommage également que Steier ait cru bon de faire de Cinna l’ami fidèle de Licinius, un traitre qui retourne sa veste pour se faire couronner empereur après la fuite du Grand Pontife ce qui n’ajoute rien à l‘intrigue. Enfin l’on se demande à qui sont destinées ces rafales de mitraillette que l’on entend en coulisses pendant la musique de ballet qui conclut l’ouvrage. Est-ce la Grande Vestale ou le Pontife qui se font descendre ou bien le couple d’amoureux à qui finalement le lieto fine serait refusé? Bizarre. Mentionnons encore les éclairages judicieux de Valerio Tiberi et les vidéos discrètes mais pertinentes d’Étienne Guiol, comme celle qui montre des parades militaires telles qu’on en voit dans les dictatures contemporaines.

La distribution, homogène, ne souffre d’aucun point faible. Tous les protagonistes se révèlent excellents comédiens et possèdent une diction française qui va du correct au très bon. Membre de la troupe lyrique de l’OnP, Florent Mbia est un chef des Aruspices sobre et efficace doté d’un timbre cuivré sonore et homogène. Jean TEIGEN possède une voix sombre et un registre grave profond qui lui permettent d’interpréter avec toute l’autorité requise le Souverain Pontife dont il excelle à souligner le caractère cruel et obtus. La Grande Vestale est une sorte de pendant féminin du Souverain Pontife avec qui elle semble entretenir des rapports teintés de sado-masochisme. Ève-Maud HUBEAUX campe ce personnage avec une sorte de présence maléfique sur le plateau et une grande sévérité dans les intonations de la voix notamment dans l’air «L’amour est un monstre barbare». Dommage que le timbre n’ait pas la noirceur suffisante, notamment dans le grave, pour être pleinement convaincant. Julien BEHR incarne avec conviction le compagnon fidèle et dévoué de Licinius du moins jusqu’à son revirement final. Contrairement aux souhaits de Spontini, ce personnage dont la tessiture est plutôt centrale est parfois confié à un baryton. Ici, la voix claire du ténor français se marie idéalement avec celle, plus sombre, du ténor américain et leur tessiture commune exalte le lien fraternel qui les unit. De plus Julien Behr a fière allure sur scène en jeune officier peroxydé. Ses deux airs sont exécutés avec goût. En Licinius, Michael SPYRES fait une composition étonnante, Militaire traumatisé par la guerre, éperdument épris de Julia au point de sacrifier sa vie pour elle, tous les affects du personnage imaginés par Étienne de Jouy et revus par Lydia Staier sont assumés avec conviction et une voix saine et solide qui répond aux intentions de l’interprète. La diction est superlative, le style impeccable. Au troisième acte, son air «Julia va mourir» est particulièrement poignant. Remplaçant au pied levé Elza van den Heever souffrante, Élodie Hache, qui a récemment triomphé à Saint-Étienne dans Le Tribut de Zamora, parvient à tirer son épingle du jeu dans le rôle écrasant de Julia. Dotée d’un timbre clair et juvénile, couronné par un aigu lumineux, la soprano chante son air « Licinius, je vais donc te revoir » avec ferveur et parvient à bouleverser le public au troisième acte avec son interprétation de « Toi que je laisse sur la terre ». En revanche sa grande scène du deux «Toi que j’implore avec effroi» qu’elle aborde crânement, la pousse aux limites de sa tessiture et, si elle s’en sort avec brio, reconnaissons que l’on attend dans ce morceau crucifiant, davantage de vaillance et de largeur vocale. Au salut final elle obtient un succès bien mérité. 

Il convient également de souligner les remarquables interventions des Chœurs, si importantes dans cette œuvre, admirablement préparés par Ching-Lien Wu.  

Au pupitre, Bertrand de Billy propose une direction nuancée et théâtrale avec des tempos alertes qui tire l’œuvre vers l’opéra romantique, parti pris judicieux si l’on considère que cette partition dont le librettiste signera une vingtaine d’années plus tard le livret de Guillaume Tell,  préfigure le grand opéra à la française.


La Vestale (Bastille, 2024)Accueil France Info culture Rechercher une actualité "La Vestale" à l’Opéra Bastille : Lydia Steier signe une dystopie sombre et puissante Pour son retour à Paris après plus d’un siècle et demi d’absence, l’œuvre de Gaspare Spontini est transposée dans une théocratie sanguinaire. Lydia Steier offre une mise en scène plus que convaincante. Article rédigé parMohamed Berkani France Télévisions - Rédaction Culture Publié le 24/06/2024 11:03 Temps de lecture : 2 min Scène de "La Vestale" à l'Opéra Bastille. (Guergana Damianova / OnP) Adossé à un mur en béton sur lequel pendent par les pieds trois cadavres d’opposants, le général romain Licinius, de retour d’une guerre victorieuse contre la Gaule, se languit de son amour perdu, Julia, forcée par son père à rejoindre les ordres religieux. Le mur, sur lequel est tagué "Talis est ordo deorum" (Tel est l'ordre des dieux), coulisse vers la gauche laissant apparaître comme décor une réplique délabrée de l’amphithéâtre de la Sorbonne. Pour le retour du grand opéra La Vestale de Gaspare Spontini à Paris, après plus de 150 ans d’absence, la metteuse en scène Lydia Steier, qui s’est distinguée avec sa reprise de Salomé de Richard Strauss, signe une dystopie qui s’inspire fortement de La Servante écarlate de Margaret Atwood. À l'Opéra Bastille, jusqu’au 11 juillet 2024. "Tel est l’ordre des dieux" La flamme est alimentée par les autodafés. Le rituel de l’entretien du feu sacré est nourri par la destruction méthodique des livres. Julia est ordonnée prêtresse du temple de Vesta. Elle est interdite de plaisir charnel, elle se doit de conserver sa virginité. Et surtout éviter l’amour. C’est dans cet univers oppressant que pouvoir militaire et pouvoir religieux se côtoient, se soutiennent et maintiennent un système répressif. La metteuse en scène américaine transpose l’œuvre de Gaspare Spontini dans une théocratie. Les clins d’œil au livre-phénomène de Margaret Atwood sont nombreux. L’amphithéâtre de la Sorbonne pour décor n’est pas un hasard. "Le gouvernement théocratique dans La Servante écarlate s’appelle la République de Gilead et son centre se trouve à l’Université de Harvard, à Boston. (…) Alors que Harvard a une certaine résonance pour le public américain, nous avons cherché un lieu qui aurait une résonance similaire pour le public français. Il s’agit évidemment de la Sorbonne, une analogie parfaite", explique-t-elle. Des dieux et des hommes Ce mercredi 19 juin, la soprano franco-sud-africaine Elza van den Heever, souffrante, est remplacée par Élodie Hache dans le rôle de Julia. Elle incarne cette femme partagée entre le devoir et l’amour, et qui, face à une justice qui exige une victime expiatoire, affronte avec bravoure ses accusateurs. Élodie Hache brille par sa présence scénique et vocale. Elle est Julia. Son amour, Licinius, interprété magistralement par le ténor américain Michael Spyres, trahi par son ami Cinna (Julien Behr), fait vaciller l’empire. Le duo est en osmose, donnant profondeur et épaisseur à leurs personnages. Les chœurs impressionnent en habitant l’espace par leur force. Scène de "La Vestale" à l'Opéra Bastille. (Guergana Damianova / OnP) Le duo est en osmose, donnant profondeur et épaisseur à leurs personnages. Les chœurs impressionnent en habitant l’espace par leur force. De la fosse jaillit une musique puissante, volumineuse. La direction de Bertrand de Billy est tout en subtilité. Des vagues affluent et se retirent avec finesse et générosité. La Vestale version Lydia Steier est convaincante et originale. Elle est férocement contemporaine et dit les angoisses et les dangers du monde d’aujourd’hui. Un chef-d’œuvre. Titre : La Vestale de Gaspare Spontini Livret : Étienne de Jouy Direction musicale : Bertrand de Billy Mise en scène : Lydia Steier Cheffe des chœurs : Ching-Lien Wu Distribution : lza van den Heever, Elodie Hache, Michael Spyres, Eve-Maud Hubeaux, Julien Behr, Jean Teitgen, Nicolas Courjal, Florent Mbia Durée : 3h20 avec deux entractes Langue : Français Surtitrage : Français/anglais Lieu : Opéra Bastille, Place de la Bastille, 75012, Paris Dates : Jusqu’au 11 juillet 2024 voir les commentaires P


BIBLIOTECA:

LA VESTALE
Programa da Opéra National de Paris,
juin 2024 
BIBLIOTECA F


Programme de spectacle 

SOMMAIRE:

Repères 

Le chaînon manquant entre Gluck et Berlioz, par Bernd Feuchtner

Une œuvre pour l'Empire, par Jacques-Olivier Boudon

Un bond vers le nouveau monde. Entretien avec Bertrand de Billy

Une musique jamais ouïe pour un sentiment inouï, par Olaf A. Schmitt

Ove Romae - À qui ou à quoi servaient les vestales?, par Tina Hartmann

L'Opéra doit nous faire réfléchir sur nous-mêmes. Entretien avec Lydia Steier 


DON QUICHOTTE (1902)

A OBRA (Massenet)

O ESPETÁCULO (Bastille, 2024)

BIBLIOTECA:

Programme ONP, mai 2024
BIBLIOTECA

Cervantès et son Don Quichotte,
par Pierre Darnis

Don Quichotte ou le triomphe de l'éclectisme,
par Jean-Chistophe Branger

Un exotisme crépusculaire,
par Raffaele D'Eredità 

Des moulins et des géants,
par Marina Mestre Zaragozá 

Vers la mélancolique mort de Don Quichotte,
par Jocelyne Aubé-Bourligueux

Livret

DON QUICHOTTE 
BIBLIOTECA P


BERENICE

A OBRA (Handel, 1737)
Opéra en trois actes (HWV 38)
LIBRETO Antonio Salvi  
CRIAÇÃO Londres 18.05.1737, Covent Garden

O ESPETÁCULO (TCE, 2024)

Bérénice de Handel

Théâtre des Champs‐Elysées, 21 mai 2024

Sandrine Piau, Berenice
Ann Hallenberg, Selene
Arianna Vendittelli, Alessandro
Paul‐Antoine Bénos‐Djian, Demetrio
Hugh Cutting, Arsace
Matthew Newlin, Fabio
John Chest, Aristobolo
Francesco Corti, Il Pomo d'Oro

Théâtre des Champs-Elysées, mardi 21 mai 2024, 19h30 
Crítica de ForumOpera:

Les tergiversations de la reine d’Egypte

Quinze ans après Alan Curtis et le tout jeune Franco Fagioli, Berenice revient au Théâtre des Champs-Elysées. 

Ce n’est pas l’œuvre de Handel la plus réussie : à coté de rôles marquants (Berenice et Demetrio) qui enchainent les airs raffinés et variés, les autres personnages ne brillent qu’épisodiquement et doivent souvent se contenter d’airs de remplissage peu inspirés. Quant au livret, certes non dénué d’humour, il est davantage prétexte à affects qu’efficace théâtralement : les tergiversations de la reine Berenice pour prendre un époux au milieu d’un enchevêtrement de quiproquo politico-amoureux sont assez répétitives.  Pour la défendre, il faut donc à la reine d’Egypte des artistes brillants et fin connaisseurs du style de Haendel, à même d’en révéler les trésors quelquefois enfouis. C’est le cas de l’équipe de ce soir. A commencer par Il Pomo d’Oro et la direction décidemment toujours épatante de Francesco Corti. Avec une finesse rythmique ravissante, il faut entendre leurs ritournelles faire irruption dès que le chanteur a terminé sa phrase, et leur inventivité pour consteller d’effets harmoniques étonnants les passages les moins inspirés.  Le rôle titre fut écrit pour la grande Strada del Po (qui créa aussi Alcina par exemple), et c’est peu dire que Sandrine Piau sait incarner la reine avec prestance et piquant (air inaugural impérieux). Cependant, si la voix a conservé une agilité certaine et rare après une telle carrière (quoique toujours avare de trilles) et qu’elle a étoffé son medium, les aigus sont dorénavant assez mats et il faut toute son éloquence extraordinaire pour compenser une palette de couleurs réduite. Cela ne suffit hélas pas à renouveler l’intérêt à chaque reprise de l’air concertant « Chi t’intende » dont elle peine à rendre le caractère douloureux.  Fabio n’a l’occasion de briller que via son premier formidable air « Vedi l’ape » où les cordes imitent par triolets les tournoiements saccadés d’une abeille avec un grâce infinie. Matthew Newlin s’en sort superbement via notamment de très belles variations sur une belle étendue, avec un léger grain dans le grave qui rappelle Kobie van Rensburg.  Alessandro, rôle assez transparent car trop tempéré, est littéralement transcendé par la performance d’Arianna Vendittelli : son « Che sara quando amante » prodigieux lui permet de faire fi d’une tessiture limitée, par une intelligence technique surprenante et audacieuse (canto di sbalzo). Son deuxième air est d’une sensibilité à fleur de peau très émouvante, et le public ne retient pas son enthousiasme après le dernier.  
Ann Hallenberg ne fait qu’une bouchée de la très secondaire Selene. Son « Gelo, avampo » est à la fois très intense et équilibré. Elle est suprême dans les récitatifs qu’elle anime comme personne (ces intonations, ces œillades !) tandis que son « Si poco e forte » est une merveille de second degré.  John Chest jouit de très beaux moyens mais souffre d’un vocabulaire belcantiste encore trop limité, et d’une prudence excessive à l’exception de quelques aigus bien préparés.  Rémy Brès-Feuillet propose un Arsace mémorable à l’encontre de la partition grâce à un timbre de contre-ténor alto très personnel et des vocalises liquides qui ne manquent que de longueur de souffle.  Paul-Antoine Bénos-Djian préfère une fois encore faire résonner sa puissante voix et son émission très moelleuse, plutôt que chercher la difficulté technique (cadences souvent plus narcissiques que risquées). Il n’y a guère que dans son invocation des enfers qu’il sort de sa torpeur pour affronter avec vaillance une écriture à la fois syllabique et torturée de croches, ne loupant que quelques notes graves. Il le fait très bien mais en signalant ses limites dans une reprise très peu variée.
Guillaume Saintagne 

SALOMÉ (1905)


O ESPETÁCULO (Bastille, 2024)
Paris 05.2024 Bastille
"Salomé" à l'Opéra Bastille : Lise Davidsen triomphe dans la dystopie radicale de Lydia Steier

La soprano norvégienne Lise Davidsen a enthousiasmé le public avec son interprétation magistrale de "Salomé" de Richard Strauss, dans une mise en scène transgressive de Lydia Steier.  

par Mohamed Berkani (France Télévisions)

D'emblée, les évidences. Bien des talents brillent sur la scène de l'Opéra Bastille pour l'œuvre la plus connue de Richard Strauss, Salomé : Lise Davidsen dans le rôle-titre, Mark Wigglesworth à la baguette et Lydia Steier à la mise en scène. Appuyés par tous les autres artistes qui se meuvent dans un décor post-apocalyptique. Le public avait déjà été très surpris, il y a deux ans, par la mise en scène de l'Américaine Lydia Steier lors de la création de sa production à Bastille.  Sa version de Salomé de Richard Strauss apparaît comme une provocation radicale et une condamnation de la surconsommation. La metteuse en scène dépeint une société décadente, en manque d'idéal, qui se réfugie dans la dépravation et les orgies sexuelles pour tromper l'ennui. Une société qui a faim de jeunesse éternelle. Salomé, elle, est obnubilée par ce qu'elle ne peut avoir : le prophète Iochanaan (Jean le Baptiste).  L'amour, la mort et le sexe Le spectacle s'ouvre sur un décor mussolinien. Au premier niveau, trois militaires suréquipés et surarmés, des fossoyeurs en combinaisons de protection et des employés portant des cadavres de jeunes gens. Au niveau supérieur, à travers une baie vitrée, des personnes riches festoient dans un excès de débauche. À l'abri du regard, dans les oubliettes, Iochanaan. Et Salomé, représentée non pas en beauté orientale et mystérieuse censée envoûter les hommes, mais comme une psychopathe, blessée d'avoir été repoussée, avide de vengeance.   Autre personnage à part entière : la musique inspirée, formée de vagues puissantes, qui affluent et refluent avec subtilité. La musique accompagne Salomé et l'emmène encore plus loin. La soprano norvégienne Lise Davidsen incarne Salomé avec une amplitude vocale impressionnante. Elle est aussi remarquable par son jeu, notamment dans la scène de "danse". Ainsi, au lieu d'offrir une danse à son beau-père, le roi Hérode qui la désire, elle s'offre à lui physiquement. Elle subit ensuite l'assaut de toute la cour. En échange, elle exige la tête de Jean-Baptiste pour embrasser sa bouche. Viol ou prostitution ? Lydia Steier laisse le public libre de son interprétation.   

Le futur, c'est maintenant. Lydia Steier évoque les rapports de domination hommes/femmes, élite/peuple… On pense aussi au Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, le sexe remplaçant la pilule du bonheur. Lydia Steier porte un tout autre regard sur Salomé. À la sensualité et séduction originelles, elle oppose la mort et le sexe. L'une des scènes les plus marquantes, après celle de la danse qui illustre cette dualité mortifère, est le cri de haine et d'amour de Heriodias, interprétée remarquablement par la mezzo-soprano Ekaterina Gubanova, qui par détestation du prophète flirte avec l'aliénation. Salomé, une œuvre qui questionne notre présent et notre futur. Radicale.  

La fiche Titre : Salomé  

Genre : Drame lyrique en un acte (1905)  D'après la pièce éponyme d'Oscar Wilde, dans la traduction allemande de Hedwig Lachmann

Musique et livret : Richard Strauss

Direction musicale : Mark Wigglesworth

Mise en scène : Lydia Steier

Distribution : Lise Davidsen, Johan Reuter, Gerhard Siegel, Ekaterina Gubanova, Pavol Breslik, Katharina Magiera, Matthäus Schmidlechner et Éric Huchet.

DISCOTECA (1)

Montserrat Caballé,
Erich Leinsdorf, London Symphony Orchestra
DISCOTECA

MÉDÉE (1693)


Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Médée, tragédie lyrique en un prologue et cinq actes.

Livret de Thomas Corneille  Création à Paris, Académie Royale de Musique, le 4 décembre 1693

Mise en scène : David McVicar.

Décors et costumes : Bunny Christie. 

Chorégraphie : Lynne Page. 

Avec : Lea Desandre, Médée ; Reinoud van Mechelen, J

ason ; Laurent Naouri, Créon ; Ana Vieira Leite, Créuse ; Gordon Bintner, Oronte ; Emmanuelle De Negri, Nérine. 

Les Arts Florissants, direction : William Christie



Críticas:

RESMUSICA (Alain Attyasse) 

L'amour de William Christie pour la tragédie lyrique Médée de Marc-Antoine Charpentier est proverbial, l'ayant notamment gravée à deux reprises dans des enregistrements qui ont fait date, en 1985 et 1995. Il est le directeur musical de cette nouvelle production à l'Opéra de Paris, sur la scène du Palais Garnier.    

C'est, il faut le dire tout de suite, l'élément sur lequel repose le succès de cette soirée, dirigeant les Arts Florissants d'une tension dramatique absolument admirable tout au long des trois heures de l'œuvre, ménageant avec intelligence les effets d'urgence, William Christie mène le spectateur dans un voyage psychologique où tout le déroulé du synopsis apparaît de façon clairvoyante et évidente.  Musicalement, les points positifs sont constitués par les deux chanteurs du couple principal. Lea Desandre, malgré un volume peut être un peu faible pour emplir de façon généreuse la profondeur du Palais Garnier, est une tragédienne convaincue et pleinement engagée dans le rôle de Médée dont elle brosse un visage humain plutôt que celui de la magicienne assoiffée de sang. La scène des Enfers la dépasse un peu dans l'incarnation et l'autorité, la rendant bestial là où parfois un peu de retenue aurait permis un plus grand effroi. Mais l'amoureuse qu'elle sait être, la femme blessée, l'épouse délaissée sont autant de facettes qu'elle vit intensément et parvient à transmettre de façon touchante au spectateur. Son partenaire, Reinoud van Mechelen, remporte également tous les suffrages dans un bien lâche Jason qui ne sait pas prendre de décision sur son sort et laisse les autres trancher pour lui. La diction est exemplaire et la projection de la voix est correcte. L'évolution du personnage est bien construite, rendant l'inconsistance de ce anti-héros au centre de l'action dont il ne maitrise pas le déroulé. La voix d'Ana Vieira Leite en Créuse est fruitée, pleine d'attendrissement et dont la naïveté n'est que le ramage d'un esprit avide et malin. Sa dernière scène est poignante, appelant une sincérité bienvenue à l'heure de sa mort. C'est un vrai luxe que d'avoir une Emmanuelle de Negri en Nérine, rôle dont l'intervention est assez faible, mais qu'elle défend ardemment. Le roi Créon est chanté par Laurent Naouri. On connaît le chanteur, à la voix grasse et bien assise. Toutefois, il dépeint, comme il le fait régulièrement sur des rôles plutôt issus du répertoire comique, un roi goguenard, familier et assez peu noble. A son habitude, il joint ses jambes et sautille tout en chantant pour caractériser l'aspect moqueur et duplice du roi vis-à-vis de Médée qu'il s'agit de tromper habilement. Le recours systématique à cette façon de procéder le fait rapprocher automatiquement d'autres rôles moins altiers, et Créon perd ainsi sa consistance royale alors qu'elle est tout l'enjeu de la croyance qu'a Médée dans la parole du roi. Faire sauter sa fille sur ses genoux ou bien finir sa scène de folie pantalon aux genoux sont des pis-aller imposés par une mise en scène réductrice.    

En effet, la mise en scène de David McVicar (datant de 2013 à l'ENO) se contente de tableaux bien menés, correspondant à chacun des actes. Sans que cela soit très explicité, l'action se situe dans des bureaux de l'armée britannique lors de la Seconde Guerre mondiale. Lupanar avec lumières rouges au second acte quand l'Amour intervient et Enfers qui proviennent des profondeurs de la terre au troisième acte s'insèrent dans un grandiose intérieur bourgeois. Mais les costumes manquent d'envergure (on se croirait dans un mauvais remake de Captain America au troisième acte ou bien dans un film d'horreur de seconde zone) et la chorégraphie est d'une pauvreté assez affligeante. Ne cherchant qu'à marquer les pas dans une mauvaise comédie musicale, les danseurs ne peuvent danser que pour eux, sans esprit de groupe et surtout sans s'insérer dans l'action de divertissement qu'ils sont censés illustrer.  

Il fallait faire entrer Médée dans le répertoire courant de l'Opéra de Paris. C'est chose faite et, musicalement parlant, absolument probant. Mais une mise en scène ou plus conventionnelle ou plus explosive aurait été plus intéressante que la tiédeur proposée par David McVicar pour la tragédie lyrique aussi singulière et exceptionnelle qu'est le chef-d'œuvre unique de Charpentier.  


FORUMOPERA

Une Médée so british

Tragédie mise en musique en cinq actes et un prologue  

Pour le retour de Médée à l’Opéra de Paris après 300 ans d’absence, c’est la production de David McVicar, créée en 2013 à l’English National Opera (ENO) et reprise à Genève en 2019 qui a été choisie. Et pour cause, elle est d’une grande efficacité, même si force est de constater qu’elle a avant tout été pensée pour un public à la fois anglais et peu familier du répertoire baroque français.  Ainsi, l’action se voit transposée en Angleterre durant la Seconde guerre mondiale. Ce déplacement ne sert que de prétexte à de beaux tableaux et vise certainement à diminuer la distance qui nous sépare du mythe grec pour favoriser l’identification. Le décor, signé Bunny Christie, déploie l’élégant intérieur des bureaux de l’Armée, dirigée en l’occurrence par le personnage de Créon. Jason devient pour l’occasion capitaine de la marine tandis qu’Oronte appartient à l’armée de l’air, rivalité facile mais efficace. S’en dégage une beauté esthétique évidente, ne serait-ce qu’au niveau des costumes, de Bunny Christie également, particulièrement somptueux. Le tableau du divertissement de l’acte II est une réussite totale, transformé en cabaret avec l’Amour surgissant d’un avion militaire recouvert de paillettes. Le jeu de lumières de Paule Constable transcende le tout et voit le rouge de l’Amour se muer in fine en rouge sanguinolent, annonciateur du drame à venir. Les chorégraphies de Lynne Page assurent de belles transitions et des ballets très rythmés.   

Toutefois, l’approche trouve ses limites dès qu’elle n’est pas poussée jusqu’au bout. Une forme de légèreté généralisée domine et jamais les horreurs de la guerre ne trouvent ne serait-ce qu’un écho. En outre, la transposition ne fonctionne plus à compter de l’irruption de la magie de Médée. La folie ensorcelée et démoniaque de l’héroïne détonne en ces lieux et au milieu des soldats et ne trouvera pas spécialement d’explication. Pourquoi ne pas être resté réaliste jusqu’au bout, par cohérence, en transformant par exemple les sorts de Médée en de simples empoisonnements ?

Reste que la beauté des tableaux assure un réel divertissement et que ces quelques réserves sont largement éclipsées par l’excellence du plateau vocal. Lea Desandre crève la scène. La voix est d’une chaleur remarquable, généreuse et pleine de fines nuances. Son jeu théâtral est en parfaite osmose avec son instrument, ce qui est assez rare pour être souligné. La palette d’états émotionnels convoquée est large et toujours très juste. Sa Médée accomplit une évolution fascinante et chacune des intentions de la mezzo-soprano est toujours crédible. Brava! 

Le Jason de Reinoud Van Mechelen est, comme à l’accoutumée, techniquement irréprochable. La capacité du ténor à allier un volume de voix très important et une douceur de gaze est toujours aussi sidérante et si singulière. Le timbre se prête parfaitement au rôle, sans surprise. On peut toutefois regretter un jeu d’acteur qui gagnerait à développer plus de nuances.  

Ana Vieira Leite est une Créuse idéale : sa voix d’une pureté cristalline lui permet d’incarner l’innocente victime de l’héroïne éponyme avec brio. Sa dernière scène est particulièrement bien menée, la soprano sachant doser volume et vibrato en fonction de la torture imposée par la robe empoisonnée et de l’état de ses forces qui la quittent. 

Laurent Naouri est un Créon exceptionnel. La profondeur du timbre et la présence scénique en font un titulaire marquant du rôle, passant de la noblesse d’un chef de guerre à l’absurdité d’une scène de folie totalement maîtrisée. 

En Oronte, Gordon Bintnet convainc plus par son jeu scénique que par sa voix qui manque parfois de projection. Mais il campe une version triomphante et toxique du personnage qui se marie idéalement à l’approche de Mc Vicar.

Emmanuelle de Negri est une Nérine de luxe et offre une performance bouleversante, notamment lors de la dernière scène. Au-delà d’une technique évidemment impeccable, tout son art s’accomplit dans une diction ultra travaillée et très intelligente.

La Cléone d’Élodie Fonnard emporte l’adhésion à chacune de ses apparitions, notamment lorsqu’elle rapporte la poignante mort d’Oronte et le suicide de Créon. Lisandro Abadie est un Arcas solide sur ses appuis tandis que Mariasole Mainini propose une Italienne pétillante.  Julie Roset est le joyau de la soirée : ses aigus d’une facilité déconcertante sont à l’image d’une grâce et d’un charisme évidents. Le tableau de l’Amour est le plus réussi et la malice de la chanteuse ravit le spectateur. C’est peu dire que ce sont là de fracassants débuts à l’Opéra de Paris et il est évident que la soprano a vocation à prendre des rôles titres, sur cette même scène, dans les années qui viennent.  Les captives, Juliette Perret et Julia Wischniewski, offrent d’envoûtantes envolées, tandis que Maud Gnidzaz et Alice Gregorio charment le spectateur durant le chœur des trois voix. Virginie Thomas est un fantôme glaçant lorsqu’elle dédouble Créuse. Enfin, Clément Debieuvre, Bastien Rimondi et Matthieu Walendzik sont des démons, Jalousie et Vengeance déterminants dans le succès des scènes d’incantations, contribuant à leur conférer toute leur étrangeté par une nasalisation bienvenue.  Le chœur des Arts Florissants, dirigé Thibaut Lenaerts, réalise un sans faute de rythme, de justesse et de diction. Qu’il soit en coulisse ou sur scène, chaque apparition fonctionne. Au pupitre, William Christie est ici chez lui : il connait et surtout adore cet opéra plus que quiconque lui qui, pour rappel, en a proposé le tout premier enregistrement mondial à la fin des années 1980 et considère Chaprentier comme supérieur à Lully. Sa battue est un franc succès, le jeu des volumes, des tempi et des contrastes est habilement tissé et instaure une interaction intelligente entre scène et fosse. L’orchestre des Arts Florissants se trouve dans une grande forme pour cette première et déploie avec aisance son excellence bien connue.  

Le succès de ce retour de Médée à l’ONP se mesure aussi et surtout à l’applaudimètre et devrait peut-être appeler encore plus de baroque sur cette scène. Castor et Pollux est programmé pour la saison 2024-2025, mais ne pourrait-on pas espérer prochainement un Lully également ?   

Tancrède Lahary


03.2023

Cyrille Dubois,Sala Théâtre des Champs-Elysées,Ópera Espetáculo*,Hervé Niquet,CHARPENTIER Marc-Antoine,Véronique Gens,Ópera*,Ópera 1600s,Ópera França*,Le Concert Spirituel,



Médée Programme (ONP, 2024)
Programme avril 2024
BIBLIOTECA F

Leitura avril 2024

Sommaire:

Maintenant, je suis Médée, par Graham Sadler

Médée, la fin d'une tradition, par William Christie 

Sombres pulsions, par Laura Swift

Infanticide et sacrifice, par Anne Dufourmantelle

Médée et la résurgence du talion, par Peggy L'arrière

Livret

Portfolio



David et Jonathas (TCE, 2024)

Ópera de Marc-Antoine CHARPENTIER
Tragédie biblique H. 490 (1688)

The Exterminating Angel (2016)

Paris 2024 Bastille 3/5

BEATRICE DI TENDA (1833)

O ESPETÁCULO (Bastille, 2024)


Esta ópera do grande Bellini é muito rara nos dias de hoje. Só agora entrou no repertório da Opéra de Paris! Eu precisei de ver duas vezes para amar este espetáculo. Na primeira vez, a história perturbou-me muito pois trata de uma mulher nobre, do século 15 italiano, que é acusada de adultério, sem provas, pelo próprio marido. É torturada e fuzilada, a mando do marido, porque ela lhe fazia sombra. Um caso de femicídio que ficou para a História. Hoje assisti novamente ao espetáculo e toda a beleza melódica de Bellini foi o que realmente reteve a minha atenção.

Direção musical de Mark Wigglesworth. Mise en scène de Peter Sellars
Bastille 2024


PROGRAMA DE ESPETÁCULO:

Programme de Beatrice di Tenda (Bellini)

Opéra National de Paris 2024

Février 2024

Espetáculos de ÓPERA em 2024

Por ordem de preferência

ADRIANA LECOUVREUR (Cilea) Paris: Opéra Bastille

GIULIO CESARE (Handel) Paris: Palais Garnier 

BEATRICE DI TENDA (Bellini, 1833) Paris: Opéra Bastille

IPHIGÉNIE EN TAURIDE (Desmaret/Campra) Paris: TCE 

Giulio Cesare (P. Garnier, 2024)

Paris, janvier 2024 Palais Garnier 5/5

Les Sept Péchés Capitaux (TCE, 2024)

Paris 2024 TCE 4/5

Les Sept péchés capitaux
Die sieben Todsünden (1933)
Kurt Weill & Bertolt Brecht

Marina Viotti, Anna I
Judith Chemla, Anna II
Marc Leroy-Calatayud, conceção e direção
Orchestre de Chambre de Genève   

Primeira parte: Obras de Weill, Ives, Copland, Howard Emerdson

IPHIGÉNIE EN TAURIDE (1696)

O ESPETÁCULO (TCE, 2024)

Paris 2024 TCE

Ópera (tragédie lyrique à la française) iniciada por Desmarest (1696) e terminada por Campra.

Foi criada na Académie Royale de musique em 1704.

Com Véronique Gens, Iphigénie

Reinoud Van Mechelen, Pylade

Thomas Dolié, Oreste

David Witczak, Thoas

Olivia Doray, Electre

Floriane Hasler, Diane

etc.

Hervé Niquet dirige a Orchestre et Chœur Le Concert Spirituel